"Rose Danse®, qu’est-ce que c’est? Un cours de danse? » me demande-t-on souvent? Non, pas vraiment, la danse est mon outil, l’alibi idéal pour déployer un programme thérapeutique à destination des femmes atteintes ou ayant été atteintes de cancer du sein. Alors si les patientes ont l’impression d’aller à leur cours, tout comme les médias le décrivent, j’en suis ravie! C’est qu’elles ne pensent pas à la maladie, aux fragments que j’essaye de leur permettre de recoller, à ce corps que je tente de leur faire réincarner, à ces « douleurs » que je m’évertue à transformer en « sensations », à cette confiance perdue que je réhabilite en ressources insoupçonnées. Mais Rose Danse®, c’est quoi alors?
 
    Comme je l’évoquais la semaine dernière, il s’agit d’un protocole de 10 séances, pour un groupe fermé de maximum 10 patientes, construit autour de 4 axes de travail :
  • La réhabilitation des membres supérieurs,
  • Le bénéfice d’une activité physique adaptée (cf mon article « Mon octobre Rose : Episode 2 » dans lequel je détaille les effets et les chiffres),
  • L’accompagnement psychothérapeutique de la reconstruction dans tous les sens du terme au travers du mouvement,
  • Le plaisir d’apprendre à danser et de s’exprimer sur la musique.
 
    La danse jazz est une danse sociale, liée intrinsèquement à la musique et qui « vient des tripes » comme on dit. C’est en quelque sorte la possibilité de tout exprimer en faisant corps avec la musique. C’est aussi un sport très complet, qui nécessite :
- De redresser sa posture et donc de travailler les muscles associés souvent très affaiblis à la fois par le déconditionnement physique des traitements et de leurs conséquences mais aussi de l’APS ou Attitude de Protection du Sein; 
- De faire appel à toutes les chaines musculaires et notamment la chaîne de propulsion très affaiblie par la sédentarité voire l’alitement induits par les traitements et la maladie. Or, c’est notre chaine la plus puissante du corps, celle qui nous sert à effectuer tous les mouvements de la vie quotidienne avec tonus. S’ériger, se déplacer, aller au sol et remonter, tourner, sauter, …; 
- De solliciter les membres supérieurs et « d’ouvrir », de déployer ses bras jusqu’au bout dans l’espace alors même que les patientes ont plutôt une position de repli et de prudence, de reprendre confiance et d’aller jusqu’à saisir, s’appuyer sur ce membre délaissé et donc déconditionné également. 
- Enfin et bien sur, la danse est une discipline d’expression qui fait appel à son identité de femme, avec grâce ou force, avec légèreté ou puissance, dans un mouvement continu ou saccadé. Dans n’importe quelle émotion, les patientes peuvent initier tout mouvement dans une intention de faire jaillir leur colère, leur joie, leur tristesse, leur plaisir d’être là tout simplement, leur désir de vivre, jusqu’à investir les parties de leur corps oubliées/délaissées et bouger avec féminité.
 
La boucle est bouclée, on reprend confiance, on découvre les chemins du possible avec son nouveau corps, on fait des choses dont on ne se croyait plus ou pas capable, on prend plaisir à se mouvoir, bref, le corps n’est plus seulement que chantier ou douleurs, il permet de faire, d’être, d’exprimer, et tout ça avec plaisir. Quelles belles perspectives cela ouvre sur la vie en dehors des séances! Voilà ces « déclics » auxquels j’ai la chance d’assister, à plus ou moins grande échelle, très tôt ou plus tard dans le cycle depuis presque 1 an.
Quand j’ai créé Rose Danse®, j’avais imaginé tous les impacts, la méthodologie pour y arriver, les chemins pour conduire les patientes dans chacun des objectifs traversés. Mais éprouver ce concept sur le terrain a été l’opportunité de le valider et d’en évaluer les résultats, au delà même de mes espérances. C’est grâce à la Maison des Patients de l’hôpital René Huguenin (Institut Curie) que j’ai pu le faire. Les témoignages sont nombreux, mais pas seulement. Car comme comme pour tout protocole dit « thérapeutique », j’ai mis en place une évaluation à chaque fin de séance avec des échelles types échelle de Borg, des QCM et des verbatim. Cela me permet de remettre ces résultats à la fois aux donateurs, à l’institution et aux soignants en charge des programmes de la Maison des Patients, mais aussi de toujours être dans une démarche d’amélioration continue.

Si le retour des patientes est la plus belle victoire, une belle reconnaissance a été la diffusion d’un reportage au Magazine de la Santé sur France 5 dans le cadre d’Octobre Rose que je vous invite à regarder, en attendant le dernier volet de Mon octobre Rose la semaine prochaine ...

Magazine de la santé Octobre 2016